Sun Fast 20

ou

First 210… Twenty ?

Avant l'achat, je me suis posé la question, parcouru le web et les salons nautiques, échangé avec les propriétaires/vendeurs… et beaucoup hésité.

On m'a également souvent posé cette question depuis que j'ai créé ce site, et c'est une question récurrente sur les forums. Sur ces derniers, la réponse est toujours brève et sans appel : le First ! Et les arguments toujours les mêmes : « la référence des 6m », « plus marin », « mieux construit ».

Je ne suis pas totalement d'accord : voici donc un point de vue plus nuancé et argumenté ! Évidemment un peu partial, mais pas tant que cela je l'espère : après tout, je n'ai aucun parti commercial dans l'histoire, et peu m'importe les choix ultérieurs que vous ferez et que j'ignorerai. Mon but n'est que d'essayer d'éclairer ceux-ci, et nuancer le propos.

Quelques remarques :

« La référence des 6m » : cet argument est celui des personnes reprenant les propos de la presse spécialisée à la sortie du First 210 en 1991, si mes souvenirs sont exacts. Depuis chaque essai de voilier de cette taille (hélas très rare désormais) est basé sur cette comparaison. Il a évolué, mais est-il encore une référence des 6m ?

Lourd, difficilement transportable, pas échouable, ne pouvant pas non plus approcher des plages, pas facile à mâter, non insubmersible et revenu en catégorie C depuis : il impose les contraintes d'un voilier plus grand. Les voiliers ont gagné quelques tailles, beaucoup sont passés au fameux mètre en plus, qui ici fait une grande différence : WC séparés, vraie cuisine, hauteur sous barrot, confort accru à la mer… (on trouve des First 260 au même tarif qu'un First 21.7 et la place de port ou l'entretien n'est pas beaucoup plus onéreux). Il garde pour lui son esthétique (quoique le plan de voilure du Twenty...), surtout dans la finition « Yacht Club »… On construit peu de 6m désormais, et les polonais sont passés par là (prix, système de mâtage en solo, toilette séparée...) facilitant les manutentions. Et puis en 6m il y a les sportboats...

«  Plus marin » : les deux sont en catégorie C désormais (oui, si vous achetez un First ancien, il sera en B, mais pas plus marin pour autant : c'est le même sans mousse d'insubmersibilité, non reconnue désormais pour bénéficier de quelques points supplémentaire et gagner une catégorie de conception). Les deux, First et Sun Fast, sont agréables jusqu'à force 4 et plus sportifs au-delà ; d'ailleurs, je ne connais pas beaucoup de propriétaires de First qui sortent entre force 6 et 8 ou qui font des traversées ambitieuses en haute mer avec (je ne dis pas qu'il n'y en a pas...). Plus généralement, on a souvent des personnes qui souhaitent naviguer en famille, donc dans des conditions maniables pour lesquelles le Sun Fast 20 est à l'aise. Passé 30 nœuds de vent, on entre dans un autre monde sur ce type de bateau : au large la mer fume, les vagues submergent régulièrement le pont, et près des côtes c'est souvent pire. Les navigateurs qui s’inquiètent de savoir si leur futur voilier sera assez marin feraient mieux de différer leur achat et naviguer sur un 420 pendant quelque temps déjà par force 4...

« mieux construit » : c'est une illusion ! L'aspect est plus cossu, mais les problèmes avec les cages de safran ou le mécanisme de quille du First sont fréquents. L'un comme l'autre sont issus de la production industrielle, et nécessitent des améliorations : ris supplémentaire, accastillage, pose de renforts pour cadènes et sangles pour crocher un harnais… Actuellement aucun voilier de grande production n'est prêt à prendre la mer sans quelques « ajustements », et même en catégorie A : ils ne sont prévus que pour quelques jours de navigation estivale par petit temps. La structure est saine… mais ils ne seront prêts que lorsqu'on aura réparé ce qui devait casser !

Faisons un petit récapitulatif :

Sun Fast 20



First 210, 211, 21.7 et twenty



Dimensions :

( données constructeurs)

* Remarques :

    données pour le first 21.7, Bénéteau avait très largement sous estimé le poids à vide des 210 et 211 (c'est encore le cas).

    de même, un Sun Fast 20 pèse plus que 780 kg à vide…

    c'est le cas de tous les constructeurs (sauf voilier de régate)

Longueur hors tout : 6,40 m

Longueur de coque : 6,10 m

Longueur flottaison : 5,75 m

Bau maxi : 2,40 m

Tirant d'eau : 0,30 / 1,35 m

Poids lège * : 780 kg

Lest : 270 kg (galette sous la coque)

Surface de voile au près : 12 + 7 m²

Spi : 26 m² asymétrique

Longueur hors tout : 6,40 m

Longueur de coque : 6,25 m

Longueur flottaison : 6,09 m

Bau maxi : 2,48 m

Tirant d'eau : 0,70 / 1,80 m

Poids lège * : 1250 kg

Lest : 355 kg (quille pivotante)

Surface de voile au près : 14 + 11 m²

Spi : 37,60 m² – asymétrique ou gennaker sur les derniers modèles...

Transport :

Remorque simple essieu - PTAC 1200 kg + voiture familiale – permis B classique

Remorque double essieu préférable - PTAC 1700 kg + utilitaire ou gros 4x4 – permis E(B) nécessaire.

Équipements :

Accastillage Harken

Rail de solent autovireur

Bout-dehors rétractable depuis le cockpit

Chaise de moteur intégrée dans la jupe

Jumelles de pied de mât et kit de mâtage

Baille à mouillage sur les derniers modèles

Enrouleur de génois

Coffres de cockpit

Baille à mouillage

Mâtage :

À 2 dont un enfant (possible en solo)

2 mn pour positionner le mât dans la jumelle depuis la remorque - 2 mn pour lever le mât en tirant avec la drisse de spi - 10 mn pour réglage gréement et pose de la bôme, drisses, écoutes...

À 3 : 1 en pied de mât qui n'est pas tenu en latéral, 1 pour lever et 1 pour tirer.

Présence de l'enrouleur qui alourdit l'ensemble.

Mât plus long

Mise à l'eau :

Possible depuis la remorque sans mettre les roues dans l'eau (pneus seulement).

Grutage préférable (en solo ou pour économiser l'embrayage de la voiture), mais non indispensable

Grue obligatoire (coût, horaires, panne de la grue...)

Performances :

Classement Osiris : groupe B rating 8,0 coeffvent léger : 2,6 - vitesse moyenne : 4,22 nœuds – 853 secondes/mille

Ce sont les performances théoriques de régate : carène propre, voile de qualité, en bon état, équipage pointu… C'est donc indicatif !

Solent de meilleure tenue qu'un génois enroulé, carène plus souvent propre car ne reste pas à l'eau à l'année, et on peut approcher d'une plage pour un coup d'éponge facile.

Classement Osiris : groupe B rating 11 coeffvent léger : 2,9 - vitesse moyenne : 4,46 nœuds – 808 secondes/mille

Le coeff vent léger plus important indique des performances inférieures dans le vent léger.

Il y a 45 s d'écart par mille - 1 mille est parcouru en moyenne :

en 14 mn 13 s par un Sun Fast 20

en 13 mn 27 s

En Mer :

Petit temps : à la voile dès 2 nœuds de vent, envoi du spi asymétrique en solo sans pilote qui améliore les performances à partir du travers. Léger : le placement à l'avant dégage la jupe de l'eau, la gite provoquée allonge la flottaison.

Médium : idéal et vivant par force 3, spi encore facile à gérer en solo - 1er ris vers 12-15 nds de vent suivant conditions (rafales, vagues… choix de naviguer « pépére » ou pas). Petits surfs sur les vagues au portant sous spi.

A partir de 20-25 nds de vent : solent que l'on garde jusqu'à force 4 à 5, on vrille avec le point d'écoute. Pataras puissant étarqué.

Sur le Sun Fast 20 la GV est proportionnellement plus grande : la réduction de voilure se fait par prise de ris debout dans la descente (sans aller sur le pont). Pour de courtes distances, le voilier reste manœuvrable avec la seule GV à 2 ris.

Un tourmentin sur mousquetons facile à envoyer pour équilibrer le bateau (mais il faut aller à l'avant).

Aucun équipier nécessaire (autovireur) : on peut sécuriser les passagers dans la descente ou la cabine (jeunes enfants).

Barre sensible, safran profond et précis : excellent contrôle dans les vagues

Au rappel dans les sangles pour les performances contre le vent, mais non obligatoire pour la sécurité (bancs confortables, ne mouille pas : il faudra alors réduire plus vite, mais lutter contre le clapot n'est pas facile au près par manque d'inertie).

Petit temps : moins rapide que le Sun Fast 20, les doubles safrans freinent le voilier (parallélisme) et il est plus lourd : le placement de l'équipage joue moins. Le spi symétrique n'est pas simple en solo à l'empannage.

Médium : le voilier devient vivant, les performances au prés sont supérieures à celles du Sun Fast 20 : il passe mieux dans les vagues et la flottaison est plus longues. Au portant, cela dépend des capacités à gérer le spi plus grand (classique/asymétrique).

A partir de 20-25 nds de vent : on enroule le génois (sauf équipage lourd dans les filières), mais les performances au près s'en ressentent.

Problème de l'installation d'un tourmentin (indispensable sur un petit voilier au-delà de force 6).

Virement de bord et surtout empannage nécessitant un équipier ou un pilote automatique.

Double safran : bon contrôle à la gite.

Le rappel sur les passavants est également un plus au niveau des performances contre le vent. Il sera plus confortable de prévoir des sangles ou des boudins de filière...

Au mouillage :

Echouable à plat si marée, approche des plages à pied (eau aux mollets) en Méditerranée

Jupe de bain et grand cockpit ouvert (avec porte si enfants).

Pas d'inquiétude pour les fonds faibles (dérive et safran pivotants seuls)

Mais : pas de baille à mouillage sur les premiers modèles – pas de davier.

Léger au mouillage : eaux abritées nécessaires.

Deux béquilles (à installer, à stocker à bord) si on veut échouer en mer à marée – annexe à gonfler (et stocker) car eau à la taille en Méditerranée.

Tableau arrière fermé par le système de barre : accès à l'eau peu pratique pour la baignade.

Baille à mouillage mais pas toujours de davier.

Cadènes de béquilles qui souffrent si le vent se lève à marée montante : eaux abritées conseillées également !

Au port :

Accès direct au moteur, monosafran : facile à manœuvrer. On peut tenir facilement les deux (moteur et barre franche) sans acrobaties.

Dérive relevable avec un simple bout en restant dans le cockpit  : peut être fait rapidement et au dernier moment en surveillant l'approche si peu de fonds.

Mais : pas de coffres dans le cockpit pour ranger défenses et nourrice HB.

Accès à la chaise moteur peu pratique.

60 tours de manivelle dans la cabine pour diminuer le tirant d'eau à 60 cm.

Coffre pour stocker pare-battages et nourrice

Sécurité :

Tourmentin facile à installer (pas d'enrouleur). Tient +30 nœuds de vent sous GV à 2 ris seule en restant manœuvrable.

Envoi et affalage de la GV debout dans la descente.

Il faut aller à l'avant pour affaler le solent

Pas de coffres dans le cockpit (peuvent se remplir)

Accès simple au HB

Pas d'effet « croche-pied » avec la dérive au portant : elle rentre totalement sous la coque : le voilier glisse et bouchonne, les mouvements sont plus doux.

Récupération homme à la mer facile par la jupe

Pas de trou dans la coque (pas de sondeur nécessaire)

Enrouleur de génois : on ne va pas à l'avant pour affaler… Mais comment installer un tourmentin ?

Insubmersible pour les premiers modèles… mais état de la mousse après tant d'années ?

Plus lourd : les mouvements sont plus lents, passe mieux dans le clapot

Lest plus profond, mais pas beaucoup plus raide à la toile :

    proportionnellement moins lesté 30 % contre 35 % (données constructeur)

    carène moins « joufflue »

    poids dans les hauts : mécanisme de relevage de la dérive, enrouleur, gréement 9/10, mât plus haut, équipements croisière...

Vie à bord :

4 couchettes, glacière, emplacement pour WC chimiques et réchaud 1 feu.

Moins volumineux (3 tonneaux)

HSB 1,40 m : on se tient bien assis, pas debout.

Puit de dérive peu encombrant (sous le cockpit, sert de marche de descente)

2 places assises sur les banquettes latérales car très encastrées sous le cockpit (couchettes cercueils) et 2 places sur les couchettes avant en enlevant le 1er coussin du lit double

4 couchettes, glacière, emplacement pour WC chimiques, évier, pompe à main, réservoir eau douce et réchaud 1 feu (mais très proche de la couchette avant…)

Pas d'épontille de mât : impression de volume, mais puit de dérive encombrant.

Électricité

Plus volumineux (4 tonneaux)

Équipets plus nombreux, stockage sous la descente.

4 places assises en se serrant sur les banquettes latérales

Entretien :

Pas à l'eau à l'année : pas d'osmose, vieillit moins…

L'avoir à la maison sur remorque pendant quelques mois laisse le temps de le bichonner.

Changement du bout de relevage de la dérive sans démontage.

Pas de boiseries extérieures (sauf chaise HB)

Pas de mécanisme de quille lourd : un axe de dérive inox à contrôler de temps en temps

Mât facile à déposer et contrôler

Difficulté d'entretien du lest en fonte depuis la remorque.

Coque de couleur à éviter

Entretien du mécanisme de quille, changement du système complet si âgé

Liston et porte en bois. Bancs teck si version Yacht Club.

Vérification des passes-coques

Entretien de la quille en fonte qui nécessite un séchage (mise à terre)

Budget :

Place de port annuelle non nécessaire

Si transport : budget voiture réduit. Plus bas sur la remorque : plus stable sur la route.

Jeu de voile peu cher

Petit hors bord (2 à 4 ch)

Entretien remorque (peu onéreux si mise à l'eau par grutage).

Plus cher à l'achat pour un âge identique

Place de port ou de mouillage obligatoire.

Si transport gros 4x4 ou utilitaire – permis E(B).

Le génois toujours à poste sur son enrouleur vieillit vite malgré les bandes anti-UV

Voiles plus chères (surface supérieure)

Sondeur conseillé (tirant d'eau important).

Pour conclure : une petite analogie !

Le Sun Fast 20, c'est un peu une petite moto que vous stockez facilement au garage, avec laquelle vous allez vous balader facilement pour quelques heures, même seul ; qui n'est pas chère à l'achat ou en entretien et que vous transporterez vers la Corse ou ailleurs, pour des nuits à la belle étoile ou dans une tente de motard, en vous contentant d'un sandwich. Vous passerez partout et vous arrêterez où vous le souhaitez : petites ruelles, petites criques de bord de mer… Cela n'est pas agréable quand vient le mauvais temps, mais ce n'est pas le principal puisque vous aviez pris la météo et prévu une halte dans une chambre d'hôtel… Vous envierez parfois le confort du camping-car du voisin d'à-côté, mais vous ne voudriez pas non plus vous priver de cette vie de Robinson qui vous coupe si souvent du quotidien, et du plaisir de prendre les chemins de traverse, et puis au final, vous avez vu bien plus de paysages que lui : il ne sort que quelques jours pas an et met du temps à s'amariner à nouveau...

Le First, c'est plutôt la camionnette emménagée en camping-car, que vous utiliseriez pour quelques jours de vacances, avec plus de confort, mais un encombrement plus important et un budget plus conséquent, surtout quand on ne l'utilise pas… Sans compter qu'il faudra tout nettoyer après les sorties. Vous ne le prendrez pas non plus pour une promenade de quelques heures, et c'est dommage car il faisait justement le temps idéal ! Pour aller loin, il faudra du temps libre, et vous aurez les inconvénients d'un gros camping-car (First 260...), sans le confort de celui-ci et en perdant la liberté d'utilisation de la moto… Quand viendra le mauvais temps, vous vous sentirez plus à l'aise, mais votre petite famille en aura marre de rester coincée à l'intérieur par la pluie et le vent, en vous reprochant de ne pas avoir pris la météo avant ce super week-end que vous leur aviez promis ! Pas sûr qu'ils viennent avec vous la fois suivante… et partiriez-vous une semaine sans eux ? Vous pourrez toujours leur expliquer que le budget consacré vous permet de les emmener en sécurité (parce que le side-car, n'est-ce pas…), et que puisqu'on l'a acheté, ce serait dommage d'aller payer une chambre d'hôtel en Corse pour cet été… De toute façon, sur les forums, ils disaient tous que les vacances en moto c'est nul, et vous avez donc fait le bon choix ! çà se revend bien une camionnette aménagée en camping-car sans place de parking ? Parce qu'on pourrait peut-être aussi louer l'année prochaine un gros motor-home américain et aller voir le grand canyon… Question confort, y'a pas photo !

Bon, je n'ai rien contre les camping-cars ou les motards... Il s'agissait simplement de montrer combien ces deux voiliers en apparence si proches correspondent à des programmes différents : sorti en 1994, 3 ans après le succès du First, Jeanneau a choisi de décaler sa cible : non plus la croisière, mais la facilité d'utilisation (ils vont revoir le concept en 2000 avec le Sun, mais celui-ci n'est pas si pratique car plus lourd). Le First 210 (et ses versions suivantes) est un excellent voilier, mais pas conçus pour être facilement transportable : il a été étudié pour les plaisanciers envisageant la croisière côtière sur un 6 m. Le Sun Fast 20 n'est pas conçu dans cette optique, mais l'investissement financier est plus faible et il permet de faire ses premières armes à moindre frais et avec moins de contraintes. Cela dit, si vous avez une place de port empêchant l'achat de la taille au-dessus et que vous n'envisagez pas de le transporter, le First a des avantages…

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